
La gomme bichromatée est un procédé de tirage photographique pigmentaire : on mélange un pigment, de la gomme arabique et un sel sensible à la lumière, on étale au pinceau, on insole sous un négatif, puis on développe à l'eau. Le résultat — matité veloutée, grain de pigment, touche de peintre — a fait d'elle l'arme des pictorialistes à la fin du XIXe siècle. Son seul défaut tient dans un mot : le sel employé, le dichromate, est cancérogène.
Un procédé inventé en 1855, révélé par Demachy
Le principe — la gélatine ou la gomme bichromatée durcit à la lumière — est posé par Alphonse Poitevin en 1855. Mais le procédé reste confidentiel jusqu'aux années 1890, quand Robert Demachy, à Paris, en fait un médium artistique à part entière. En 1895, ses premières gommes exposées à Paris, Londres et Bruxelles sont reçues comme une révolution : enfin une photographie qui ressemble à un dessin, où la main intervient. Demachy en deviendra « l'apôtre ».


Deux gommes bichromatées monochromes, à plus d'un siècle d'écart : même matité, même grain de pigment, chimie différente. Nous ne refaisons pas l'image de Demachy — nous perpétuons son procédé.
Les maîtres qui l'ont portée
La gomme bichromatée n'est pas une curiosité de laboratoire : c'est le procédé d'une génération entière de photographes-artistes. Presque tous les maîtres du pictorialisme l'ont pratiquée — et tous sont dans la bibliothèque de Maison Picturale.
De l'inventeur aux grands pictorialistes — chaque nom renvoie à ses tirages.
- Alphonse PoitevinL'inventeur du procédé (1855).Voir ses tirages →
- Robert Demachy« L'apôtre de la gomme », Photo-Club de Paris.Voir ses tirages →
- Constant PuyoCompagnon de Demachy, pictorialisme français.Voir ses tirages →
- Gustave Le GrayVoir ses tirages →
- Alfred StieglitzPhoto-Secession, New York.Voir ses tirages →
- Heinrich KühnGomme et gomme-platine.Voir ses tirages →
- Gertrude KäsebierVoir ses tirages →
- Frank EugeneVoir ses tirages →
- Clarence H. WhiteVoir ses tirages →
- F. Holland DayVoir ses tirages →
- Charles MarvilleVoir ses tirages →
- Théodore-Henri FressonDont l'atelier perpétue le charbon-gomme.Voir ses tirages →
La gomme, par ceux qui l'ont faite
Quelques tirages d'époque, monochromes et sanguines, sortis de l'archive des maîtres. Chacun renvoie à sa page dans la bibliothèque de Maison Picturale.
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Tirages historiques à la gomme bichromatée (domaine public). Cliquez pour agrandir.
La vérité : le dichromate
Ce qui rend la gomme historique problématique n'est pas le pigment ni la gomme arabique — c'est le bichromate (dichromate) de potassium ou d'ammonium qui la rend sensible à la lumière. Le chrome hexavalent qu'il contient est cancérogène et mutagène avéré (CMR), toxique par inhalation et sensibilisant pour la peau. On peut admirer le génie du procédé sans vouloir manipuler ce sel chez soi.
L'Aquaprint : la gomme reformulée, sans dichromate
L'Aquaprint est notre reformulation de la gomme bichromatée. Le geste, la gomme arabique, le pigment, le développement à l'eau, le rendu : tout est conservé. Seul le système de sensibilisation change : la formulation VP est sans bichromate. Cette différence ne remplace pas les précautions de manipulation : consultez les informations de sécurité de chaque produit et la FDS associée lorsqu'elle est disponible avant usage.
La gomme, sans bichromate
Même procédé, même rendu, autre chimie. L'Aquaprint reprend le geste de la gomme dans une formulation VP sans bichromate. Consultez les informations de sécurité de chaque produit et la FDS associée lorsqu'elle est disponible avant usage.
- Formulation
- Système VP — sans bichromate
- Sécurité
- Consignes produit et FDS à consulter
- Rendu
- Matité, grain pigmentaire, couches multiples
- Pratique
- Espace de travail préparé selon les consignes

Les trois gommes Aquaprint
La gomme bichromatée n'est pas une couleur unique : c'est une famille. L'Aquaprint en décline trois — toutes au sensibilisateur, sans dichromate.
La sanguine
La sanguine est une variante précise de la gomme : un pigment rouge-brun qui évoque la craie rouge des dessins de maîtres. C'est Demachy qui l'a rendue célèbre, ses gommes rouges rappelant les sanguines de la Renaissance. L'Aquaprint Sanguine reprend exactement cette voie.


La sanguine de Demachy (1898) et l'Aquaprint Sanguine d'aujourd'hui : la même craie rouge, sans le dichromate.
La quadrichromie couleur
Là où les pictorialistes restaient le plus souvent monochromes, la gomme se prête aussi à la couleur : on superpose plusieurs passages pigmentés (cyan, magenta, jaune, noir). L'Aquaprint Quadrichromie pousse la gomme jusqu'à l'image couleur complète — toujours sans dichromate.
Questions fréquentes
L'Aquaprint donne-t-il vraiment le même rendu que la gomme au dichromate ?
Oui. Le dichromate n'est qu'un déclencheur de durcissement ; il ne participe pas à l'image finale. La matité, le grain et la possibilité d'empiler les couches sont identiques.
Peut-on faire de la couleur, comme la quadrichromie ?
Oui : on superpose plusieurs passages pigmentés (cyan, magenta, jaune, noir), exactement comme en gomme traditionnelle — sans dichromate.
Quelles précautions faut-il prendre ?
L'Aquaprint VP est formulé sans bichromate, mais il reste une pratique de chimie photographique. Le développeur VP N°03 est nocif en cas d'ingestion et le contact avec la peau est à éviter. Portez les protections indiquées et consultez les informations de sécurité, puis la FDS associée lorsqu'elle est disponible, avant toute manipulation.
Pour le panorama complet des procédés alternatifs, voyez notre guide des procédés alternatifs ou le lexique.
Pour aller plus loin : le tutoriel Aquaprint débutant · dépanner un tirage raté · le procédé Aquaprint
Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour — Vision Picturale


