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L'anthotype : faire une photographie avec du jus de plante et du soleil

Tirage gomme sanguine sur papier aquarelle — paysage monochrome rouille, choisi pour sa parenté d'aspect avec un anthotype, dont aucune photographie n'existe au catalogue.

L'anthotype est une photographie faite avec du jus de plante et du soleil, sans aucun produit chimique. On broie des pétales, des baies ou des feuilles, on étale le suc sur du papier, on pose par-dessus un positif transparent, et on attend. C'est le seul procédé photographique entièrement non toxique : il n'y a rien à manipuler avec des gants, rien à évacuer dans un évier, rien à porter en déchèterie. C'est aussi le plus lent et le plus fragile — les deux vont ensemble, et ce n'est pas un défaut à corriger mais la nature même du procédé.

1842 : Herschel donne un nom à une observation ancienne

Que les couleurs végétales pâlissent au soleil n'a rien d'une découverte : tout teinturier le sait depuis des siècles, et le voit comme un problème. Le geste scientifique consiste à retourner le problème en procédé. Mary Somerville étudie dans les années 1840 la photosensibilité des sucs de plantes ; John Herschel — l'astronome à qui l'on doit également le cyanotype — reprend ces travaux et nomme le résultat anthotype, du grec anthos, « fleur », en 1842.

Le même homme signe donc, à quelques années d'intervalle, le procédé le plus robuste de la photographie alternative et le plus fugace. Le cyanotype forme un pigment minéral — le bleu de Prusse — qui tient des siècles. L'anthotype se contente de retirer de la couleur à une matière organique, et ce retrait ne s'arrête jamais. Les deux procédés éclairent la même question par les deux bouts : qu'est-ce qui, dans une image, doit durer ?

Le principe inversé : la lumière détruit au lieu de construire

C'est la seule chose à comprendre, et elle commande tout le reste. Dans un cyanotype, un tirage au charbon ou une gomme bichromatée, les UV fabriquent quelque chose : un pigment se forme, une couche durcit. On insole donc sous un négatif, dont les zones denses protègent ce qui doit rester blanc.

Dans l'anthotype, la couleur est déjà là — le suc a été étalé et séché. Les UV ne la forment pas, ils la détruisent. Il faut donc insoler sous un positif : ses zones sombres protègent le suc, qui reste coloré ; ses zones claires laissent passer la lumière, qui blanchit le papier. Poser un négatif donnerait une image inversée — c'est l'erreur classique de qui vient du cyanotype, et la seule à ne pas commettre. Tout le reste du geste, contact serré sous verre et exposition au soleil, est rigoureusement identique.

Quelles plantes, et pourquoi elles ne se valent pas

À peu près tout ce qui colore fortement peut servir : chou rouge, betterave, épinard, curcuma, hibiscus, coquelicot, mûre, sureau, pétales de tulipe. Mais deux sucs de teinte comparable peuvent demander des temps de pose dans un rapport de un à cent. Ce n'est pas l'intensité de la couleur qui commande, c'est la fragilité de la molécule qui la porte.

Herschel avait déjà relevé que le souci et le corchorus japonica comptaient parmi les plus rapides, virant en quelques minutes de plein soleil. À l'autre extrémité, un jus de chou rouge ou de betterave demande couramment une à quatre semaines derrière une vitre. Il n'existe pas de table de référence universelle, et il ne peut pas en exister : la concentration du suc, la saison de cueillette et la variété font varier le résultat d'une extraction à l'autre. La seule méthode fiable est l'essai, sur une bande de papier enduite du même suc que le tirage.

Ce que l'anthotype ne fera jamais

Il n'existe aucun fixateur pour l'anthotype, et il ne peut pas en exister : le mécanisme qui fabrique l'image est exactement celui qui la détruira. Un tirage laissé à la lumière du jour s'efface en quelques mois. La seule conservation possible est le rangement à l'obscurité et une exposition brève, faiblement éclairée.

C'est une contrainte à accepter d'emblée plutôt qu'à contourner. La pratique courante consiste à numériser le tirage dès qu'il est jugé abouti : le fichier devient l'archive, la feuille reste un objet transitoire. Dit autrement, l'anthotype n'est pas un procédé d'archivage — c'est un procédé d'expérience, et il vaut pour ce qu'il fait comprendre du reste.

Ce qu'il faut, et ce que Vision Picturale peut fournir

Le suc, vous le ferez vous-même : c'est le cœur du procédé et il n'y a rien à acheter pour cela. Deux éléments comptent néanmoins, et ce sont les mêmes que pour le cyanotype.

  • Un papier absorbant et non encollé en surface. Un papier aquarelle 100 % coton laisse le suc pénétrer au lieu de le laisser en surface, où il s'écaille. C'est le même papier que celui des kits cyanotype.
  • Un positif imprimé sur film transparent. Même film que pour les négatifs numériques — seule la polarité change à l'impression, et il faut viser un contraste élevé, le procédé écrasant les nuances.

Aucun kit Vision Picturale ne couvre l'anthotype, et c'est cohérent : il n'y a pas de chimie à formuler, donc rien à reformuler. Ce procédé est le point de comparaison de tout le reste du catalogue. Quand nous disons d'un cyanotype ou d'une gomme qu'ils sont « non toxiques », l'anthotype est l'étalon auquel nous nous mesurons — le seul procédé qui n'a jamais eu besoin d'être reformulé, parce qu'il n'a jamais rien contenu.

Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour — Vision Picturale

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